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UN GOUVERNEMENT SANS LE RHDP, EST-CE POSSIBLE ?
NOTRE COMPREHENSION A PARTIR DU PARADIGME SYSTEMIQUE
Après la dissolution de la Commission Electorale Indépendante (CEI) et du gouvernement par le Président Laurent GBAGBO, en Côte d’Ivoire, le vendredi 12 / 02 / 2010 ; le Président de la République a demandé à l’ancien Premier Ministre (PM) SORO G. Guillaume des Forces Nouvelles (FN) de former un nouveau gouvernement. Est - il possible de le former sans l’opposition ivoirienne (OI) regroupée au sein du Rassemblement des Houphouétistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP) ? Certains estiment oui, d’autres pensent le contraire. Nous allons à partir d’une approche systémique essayer de donner une réponse.
Le paradigme systémique s’appuie sur la notion de système qui peut se définir comme "un ensemble d’éléments en interaction dynamique organisé en fonction d’un but " (De Rosnay, 1977 : 101).
En d’autres termes, la méthode systémique introduit l’idée d’échange, de liaison ou de relation entre les différentes composantes du système mais aussi l’idée de finalité.
NDA (2006 : 72) établit une définition intéressante de ladite méthode qui s’adapte parfaitement à cette étude.
L’analyse systémique élabore une représentation (ou un modèle) logique d’un objet concret total en tant qu’il est organisé, qu’il est un tout, une entité avec des composantes, le fonctionnement de cette réalité repose pour beaucoup sur les liaisons ou les éléments qui le constitue, lui donnent son entité et lui maintiennent son identité en dépit des changements qui peuvent survenir.
Dans le sport on peut parler de système du sport, en politique on parlera de système politique. Dégager les grands acteurs du système politique n’est pas chose aisée, il faut cependant opérer un choix comme le conseille Alex Mucchieli dans son livre intitulé : Etude des Communications : approche par la modélisation des relations :
La délimitation est difficile car tous les systèmes s’emboîtent les uns dans les autres. Un choix s’impose pour la délimitation de l’ensemble à étudier puisque tout est en relation avec tout. (Mucchieli 2004 : 24).
De notre point de vue, nous pouvons dégager huit ( grands acteurs dans le système politique ivoirien. Il s’agit du Président de la République (PR) ; du Premier Ministre (PM) ; des Forces Nouvelles (FN), mouvement issu de la rébellion armée du 19 septembre 2002 en Côte d’Ivoire ; du Camp Présidentiel (CP) composé du Front Populaire Ivoirien et des partis ou organisations acquis au président de la république (CNRE, URD,…) ; du facilitateur de la crise ivoirienne le président Burkinabé Blaise COMPAORE (FBC) ; de l’opposition ivoirienne au sein de laquelle se trouve le Parti Démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), le Rassemblement Des Républicains (RDR), l’Union pour la Démocratie et la Paix en Côte d’Ivoire (UDPCI), etc. Aux premiers cités, nous pouvons ajouter les Leaders Religieux et les Chefs Traditionnels (LRCT) et enfin l’Occident et les Institutions Internationales (OII) telles que l’ONU, l’OUA,le FMI, la Banque Mondiale, etc.
Conformément à l’approche systémique, ces différents acteurs vont en fonction de leurs intérêts ou missions échanger entre eux.
La politique se définit selon Paul NDA comme :
La compétition et les conflits entre les acteurs et les groupes politiques pour conquérir, exercer et contrôler le pouvoir politique dans un territoire bien défini.
Dès lors, on comprend que chaque acteur politique va développer des stratégies soit pour la conquête du pouvoir, soit pour sa conservation.
Nous modélisons cela dans un schéma :
NB : =
Système politique ivoirien
PR : le Président de la République
LRCT : les Leaders Religieux et les Chefs Traditionnels
OI : l’Opposition Ivoirienne
PM : le Premier Ministre
FN : les Forces Nouvelles
OII : l’Occident et les Institutions Internationales
FBC : le Facilitateur Blaise COMPAORE
CP : le Camp Présidentiel
Les acteurs du système politique ivoirien entretenant des relations les uns avec les autres, le schéma qui marcherait dans notre cas serait un schéma dans lequel les acteurs par leurs positions respectives n’empêchent pas de relier les uns aux autres. Le schéma le plus adopté est le schéma en cercle dans lequel les différents acteurs sont placés à la périphérie permettant ainsi de les relier les uns aux autres. Ce schéma est bien entendu un schéma personnel. Ce schéma nous permet de dégager 28 interactions dans lesquelles on va assister à des échanges ou à des relations en fonction de leurs rôles, de leurs stratégies, de leurs intérêts et des pouvoirs dont chaque acteur dispose.
Bien entendu, les missions des institutions internationales telles l’ONU dans un tel conflit est de veiller à la paix dans ce pays et donc vont influencer les acteurs politiques ivoiriens dans ce sens. De ce point de vue, l’Occident et les Institutions Internationales ont-ils intérêt à ce que l’opposition politique soit en dehors du gouvernement surtout que nous assistons ces jours-ci à un alourdissement du climat politique ivoirien depuis la dissolution de la CEI et du gouvernement ? A notre sens non. De plus, les accords de paix inter-ivoirien (Marcoussis, Prétoriat, Accord de Ouagadougou) ont été tous entérinés par les Nations Unies. Le Président Blaise COMPAORE facilitateur dans la crise ivoirienne a-t-il intérêt à ce que le RHDP sorte du gouvernement ?
Nous disons non également dans la mesure où l’accord politique de Ouagadougou prévoit la participation de l’opposition politique ivoirienne. En tant que garant de ces accords, il se doit de les faire respecter. N’oubliant pas non plus qu’il y a une forte communauté burkinabé en Côte d’Ivoire et une nouvelle crise pourrait menacer leurs quiétudes comme on l’a vu lors de la crise armée du 19 septembre 2002.
L’opposition politique ne dispose pas d’une armée mais elle dispose d’une partie de la population qui lui ait acquise, elle dispose en plus de moyens légaux dans une démocratie comme les marches en vue de manifester leur mécontentement. En face, le pouvoir dispose d’une armée, d’une capacité de mobilisation et du pouvoir politique.
Ici on le voit bien, la force est en faveur du Camp Présidentiel qui dispose d’une armée de dissuasion. La mission d’une armée dans une République est de maintenir l’ordre, de veiller à la sécurité des biens et des personnes et de ne pas abuser de ce pouvoir comme on la vu au stade de Conakry tout dernièrement. On le voit bien, l’avantage d’avoir une armée peut se transformer en désavantage pour le Camp Présidentiel si cette armée est responsable de manquements aux droits de l’homme. Le Tribunal Penal International (TPI) pourrait se signalé. Le Camp Présidentiel l’a si bien perçu qu’ils ont invité les casques bleus de l’ONU lors de la dernière marche de la jeunesse du RHDP, marche qui avait pour but selon eux de libérer la Télévision Ivoirienne (RTI) aux mains du Camp Présidentiel.
Le Premier Ministre a-t-il intérêt à former un gouvernement sans l’opposition ? Le Premier Ministre en tant que leader des Forces Nouvelles, rébellion armée du 19 septembre 2002 dispose d’une armée et d’un territoire qui fait qu’il y a "un équilibre des forces" entre lui et le Président de la République Laurent GBAGBO d’une part et entre les Forces Nouvelles et le Camp Présidentiel d’autres part. C’est sans doute ce qui a amené le président de la république a initié l’accord politique de Ouagadougou (APO) où il a été question de la discussion d’un schéma de sortie de crise entre les deux belligérants de la guerre.
Le Premier Ministre et les Forces Nouvelles disposent d’un territoire et d’une armée, mais ne l’oublions pas, ce territoire qui est le Nord est surtout acquis à un parti politique de l’opposition : le Rassemblement des Républicains (RDR). De plus, certains de ces chefs de guerre n’ont pas manqué d’affirmer leur attachement au leader de ce parti Allasane Dramane OUATTARA. Le Premier Ministre en écartant l’opposition politique du gouvernement ne se met-il pas à dos cette zone et certains de ces chefs de guerres ? Peut-il courir le risque de fragiliser son propre pouvoir au sein de sa zone et de son mouvement ? Certes l’opposition n’a pas d’armée, mais la destruction de bus ainsi que d’autres biens de l’Etat montre bien que sa capacité de nuisance n’est pas aussi insignifiante.
L’atmosphère politique semble un peu lourde ses derniers temps, il y a des inquiétudes aussi bien au sein de la population que de la communauté internationale qui par la voie du secrétaire générale de l’ONU appelle tous les acteurs politiques au calme.
Les leaders religieux et les chefs traditionnels n’ont certes pas d’armée mais dispose d’un pouvoir moral en tant que conducteurs de brebis vers la cité céleste (religieux) et en tant que garant de la tradition (chefs traditionnels). Leur rôle est de contribuer à la description de l’environnement politique en usant de leur influence pour amener les acteurs politiques ivoiriens à trouver des solutions consensuelles.
Comme on peut le voir, le jeu politique est plus complexe qu’on pourrait le penser. Certes, il y a l’enjeu électoral, mais aucun acteur politique dans cette sortie de crise ne peut se permettre de gouverner ou de prendre des décisions unilatérales sans tenir compte des autres acteurs de ce système, au risque que ce système ne s’écroule ; ce qui pourrait davantage envenimer la situation.
L’atmosphère politique n’est pas bonne, la communauté internationale qui nous accompagne dans le processus de paix n’a pas manquée de nous faire savoir ses inquiétudes. La sortie de crise passe par un consensus entre les acteurs politiques ivoiriens et par le respect des accords qu’ils ont eux-mêmes volontairement signés. Peut – on réellement dans cette sortie de crise former un gouvernement sans l’opposition ivoirienne ? La complexité du système politique ivoirien montre bien que la réponse est non. La solution à la crise passe par la participation de tous les acteurs politiques de ce système à un gouvernement où les grandes décisions concernant la nation devront être prises. A la sortie des futures élections présidentielles et parlementaires un gouvernement sans l’opposition reste possible comme dans toutes les démocraties au monde.
OUATTARA Katia
BIBLIOGRAPHIE
Mucchieli Alex (2004), Etude des communications : approche par la
modélisation des relations, Paris, Ed. Armand Colin, 191 p.
NDA Paul (2006), Méthodologie de la Recherche, de la problématique à la discussion des résultats, Abidjan, Ed. Universitaire de Côte d’Ivoire, 161 p.
NDA Paul (2008), Marketing et publicité politique, cours de DEA Communication, année 2008-2009, UFRICA, Université de Cocody, Abidjan.
ROSNAY Joël (1975), Le macroscope, vers une vision globale, Paris, Ed Seuil, 351p. |
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