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Si le marketing urbain n’est pas récent, il est important d’interroger les effets qu’a pu ou non avoir l’irruption du numérique sur ce phénomène, tant au niveau de ses modalités, de ses modes de structurations, que des problématiques de la production de la ville dans lesquelles il s’inscrit.
L’intérêt d’évoquer cette question apparaît d’autant plus justifié qu’il permet par la même occasion de faire le point sur les différents usages que les sciences sociales ont pu faire des documents de communication territoriale parce qu’elles n’ont pas toujours été très convaincantes sur l’apport de leurs analyses quant à la connaissance de la pratique urbanistique ou de la dynamique des territoires.
Dans les années 90, une série de recherches a contribué à faire émerger le « marketing urbain » comme un objet scientifique qui permettrait d’interroger et de comprendre le renouvellement des formes de productions de la ville (Bock Hilber Ergez Wehrli-Schindler 2004, Noisette Vallérugo 1996).
À la même période, le terme de « projets urbains » se généralise pour désigner des opérations d’aménagement et de développement dans un secteur urbain, des événements culturels majeurs, voire une vision d’ensemble d’une métropole : disposer d’un projet devient pour toute ville comme pour tout individu un gage de sérieux et de responsabilité (Charrié 1994, Devisme 2003).
En France, la revue éditée par le Ministère de l’Équipement et conduite par Ariella Masboungi reflète un mouvement — tout autant qu’elle le structure — autour de démarches de reconquête, de recollage de pièces urbaines segmentées aussi bien par les conceptions fonctionnalistes que par les réalisations infrastructurelles.
Le marketing urbain désigne à partir de là toutes les pratiques de communication territoriale qui consistent à s’appuyer sur des matières spatiales existantes ou en construction en vue de les promouvoir, de les faire exister, de les rendre attrayantes et d’inciter à les pratiquer, à y investir son temps, ses loisirs ou son capital.
Le travail de mise en scène de la ville, de ses espaces et de ses projets se situe donc au cœur de trois types de pratiques (Dumont, 1999) : économiques — lorsqu’elles visent à commercialiser de nouveaux espaces construits et y attirer des entreprises ou des touristes ; politiques — la mise en scène de la ville se substituant ou se nouant alors astucieusement avec la mise en scène d’un bilan d’une action municipale (Lussault, 1995) ; ou sociale — le travail sur l’image de la ville étant alors censé contribuer à proposer des accroches d’appartenances pour des habitants, des visiteurs, etc.
Dans un ouvrage important consacré entièrement à cette question et à partir du cas comparé de plusieurs villes françaises, Muriel Rosemberg, géographe, montre notamment comment, dans ces pratiques de marketing urbain, l’accessibilité a été constituée à la fois comme thème de communication et comme problème majeur de l’action urbanistique entreprise par ces villes (Rosemberg, 2000).
Cette question de l’accessibilité joue sur un registre de l’échelle et du raccordement, chaque ville exhibant à la fois sa centralité et sa connexité, soulignant sa situation géographique privilégiée au cœur d’une région, de la France, de l’Europe et éventuellement du Monde.
Vingt ans plus tard, il est étonnant de remarquer à quel point certaines de ces pratiques de marketing urbain n’ont en apparence pas changé : certes on gagne parfois en subtilité, les messages se font plus nourris, voire articulent les trois types précédemment explicités (ainsi à Nantes avec le lancement de la campagne « l’effet côte Ouest » en 1990, cf. Devisme, 2000), mais on retrouve au final les mêmes thèmes, les mêmes lieux communs, inlassablement sublimés
La révolution numérique, passée par là entre-temps, n’a-t-elle donc impliqué aucune transformation dans cette vision de la ville comme un produit marchand à consommer ou simplement à rêver ? Dans un premier temps et sans doute pour des raisons de diffusion de l’innovation dans les contextes institutionnels, les institutions municipales sont restées assez frileuses par rapport au développement de sites internet. Ce n’est que vers la fin des années 90 qu’ils vont se généraliser et s’articuler avec d’autres pratiques numériques municipales émergentes telles que l’e-democratie ou, plus prosaïquement, le déplacement d’une partie des relations administratives (réclamations, demande de permis de construire) vers un support internet.
En France, un concours prime ainsi désormais chaque année le site internet de l’année. Plus récemment, un nouveau pas a été franchi dans l’affirmation d’un tournant numérique du marketing urbain, le site internet se transformant en instrument privilégié pour donner à voir une opération urbaine réalisée ou en cours de réalisation. Incontestablement, les ressources numériques offrent en ce sens des possibilités décuplées dans un plan de communication en direction d’investisseurs.
Le site Euronantes.fr illustre les nouvelles modalités du marketing urbain numérique, mettre à jour les problématiques que cette pratique peut poser, noter certaines inflexions et d’incontestables continuités avec les modes classiques. _________________ Trouvez l'ecole et la formation marketing qu'il vous faut - L'annuaire des écoles de marketing |
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