
Pierre 78
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Les réactions émues se sont multipliées en France après le décès lundi de l'abbé Pierre, fondateur du mouvement Emmaüs, en mémoire duquel un deuil ou un hommage national devrait être bientôt annoncé.
De son vrai nom Henri Grouès, celui qui fut longtemps la personnalité préférée des Français, jusqu'à ce qu'il demande à ne plus figurer dans les enquêtes de popularité, est mort à 5h25 à l'hôpital parisien du Val-de-Grâce, où il avait été admis le 14 janvier pour une bronchite.
Une porte-parole d'Emmaüs France, créé par l'abbé Pierre en 1949, a précisé que cette bronchite avait dégénéré en une infection pulmonaire qui aurait entraîné son décès.
"L'oeuvre de l'abbé Pierre continue. C'est ce qu'il voulait", a-t-elle ajouté, estimant que "l'abbé Pierre n'a pas de successeur. C'est notre fondateur".
Jacques Chirac s'est dit "bouleversé".
"Avec la disparition de l'abbé Pierre, c'est la France entière qui est touchée au coeur. Elle perd une immense figure, une conscience, une incarnation de la bonté", a-t-il déclaré dans un communiqué.
Le président de la République décidera prochainement de la manière dont la France lui rendra hommage, a-t-on appris dans son entourage.
Le Premier ministre, Dominique de Villepin, a salué de son côté "une force d'indignation capable de faire bouger les coeurs et les consciences".
Jean-Louis Borloo, ministre de l'Emploi, de la Cohésion sociale et du Logement, a estimé pour sa part que la loi instaurant un droit opposable au logement, qui sera examinée le 30 janvier au Sénat, était "la loi de l'abbé Pierre" et qu'elle devait porter son nom.
"LA LOI DU TAPAGE"
L'abbé Pierre est notamment resté célèbre par l'appel à "l'insurrection de la bonté" qu'il a lancé le 1er février 1954, pendant un hiver particulièrement rigoureux, en faveur des sans abris et des mal logés, après la mort, à cause du froid, d'une femme sur un trottoir du boulevard Sébastopol à Paris - un épisode dont a été tiré un film.
"Chaque nuit, ils sont plus de 2.000, recroquevillés sous le gel, sans toit, sans pain, plus d'un presque nu", déclare-t-il alors sur les ondes de Radio-Luxembourg, ancêtre de RTL.
"Il faut que ce soir même, dans toutes les villes de France, dans chaque quartier de Paris, des pancartes s'accrochent sous une lumière dans la nuit, à la porte de lieux où il y ait couvertures, paille, soupe et où on lise sous ce titre, 'Centre fraternel de dépannage', ces simples mots : toi qui souffre, qui que tu sois, entre, dors, mange, reprends espoir, ici on t'aime", ajoute-t-il.
Pour l'ancien ministre socialiste et fondateur de Médecins sans frontières Bernard Kouchner, le prêtre à la barbe blanche et à l'éternelle soutane avait "inventé la loi du tapage" pour faire avancer la cause des déshérités.
Cinquième enfant d'une famille aisée - son père était négociant en textile à Lyon - Henri Grouès avait été saisi par la vocation religieuse dès l'adolescence et était devenu franciscain.
Il s'était engagé dans la Résistance pendant l'occupation allemande de la France, sous le nom d'abbé Pierre. Il avait alors caché des juifs et rencontré le général Charles de Gaulle, chef de la France Libre, en 1943 à Alger. Après la guerre, il avait été député de Meurthe-et-Moselle de 1945 à 1951.
Le cercueil de l'abbé Pierre sera exposé à partir de mercredi dans la chapelle de l'hôpital du Val de Grâce. Ses obsèques auront lieu en fin de semaine, a-t-on précisé chez Emmaüs France, où l'on a évoqué la possibilité d'une messe à Notre-Dame-de-Paris. L'abbé Pierre sera ensuite inhumé dans la plus stricte intimité à Esteville en Seine Maritime où le mouvement Emmaüs possède une "halte".
L'Express |
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